Les antidépresseurs ont révolutionné la prise en charge de la dépression. Pour autant ils ne sont pas toujours efficaces et avec de nombreux effets secondaires.
Dans cet article nous verrons dans quels cas les prescrire, si leur usage peut s’avérer dangereux et quelles autres solutions on peut envisager aujourd’hui.
Plus de 7 millions de personnes en consomment chaque année en France (Chiffres 2021). En ce qui concerne les dépressions plusieurs degrés sont à envisager. Dans le cas des dépressions légères, il ne faut pas en prescrire et trop souvent les antidépresseurs sont prescrits dans ce cas là. Dans le cas des dépressions graves les antidépresseurs peuvent être prescrits mais toujours avec l’encadrement d’un médecin. Par exemple, le documentaire évoque le cas d’une maman qui a fait une grave dépression du post partum (cela touche 20% des femmes). Pour elle les antidépresseurs ont été sa planche de salut. Après un mois de traitement, Ils lui ont permis de reprendre des forces, goût à la vie et retrouver son rôle de Maman. 3 ans après elle est toujours sous antidépresseurs.
Le cas du burn out est aussi abordé: Pour calmer son anxiété le médecin lui prescrit un anxiolytique de la famille des benzodiazépines. ça a marché au début mais ensuite il a été instable avec des attaques de panique, des effets secondaires comme des tremblements, et même un état similaire à un AVC. Aux urgences les médecins ne trouvent rien. Le médecin Raphaëlle Richieri Psychiatre à l’Hôpital Sainte Marguerite à Marseille rappelle la vigilance à utiliser les antidépresseurs. « Les traitements anxiolytiques ne sont pas du tout adaptés pour soigner une dépression. Ce sont des traitements qui vont soigner quelque temps mais sans véritablement traiter le noyau de la dépression. »
Un peu d’histoire: Dans les années 50 il n’y a aucun traitement pour soigner les patients dit « mélancolique ». En 1958, un médicament anti-tuberculeux aurait des effets inattendus sur leurs malades (euphorie). Alors pourquoi ne pas les utiliser chez les patients « mélancolique » ? En 1987, Le Prozac (fluoxétine) apparaît comme la pillule du bonheur qui devient un véritable phénomène de société. Les ventes doublent en 10 ans. Aujourd’hui nous avons une trentaine d’antidépresseurs sur le marché avec une composante identique. Dans le cerveau, ils vont agir sur un messager chimique la Sérotonine.
La Sérotonine est un neurotransmetteur qui joue un rôle essentiel dans les sensations de bonheur, et de plaisir et qui permet le passage de l’info entre les neurones. En temps normal, une partie de l’info véhiculée par la sérotonine est transmise aux neurones suivants et une partie est re-capturée par le 1er neurone. Le médicament antidépresseur va empêcher cette re-capture et augmenter ainsi le taux de sérotonine entre les neurones. C’est ce mécanisme qui permettrait d’améliorer l’humeur des patients. A l’époque on soignait uniquement les patients gravement atteints. Aujourd’hui on les prescrit pour des dépressions légères à modérées. Le champ des patients traités s’est étendu et à 80% ils sont prescrits par des médecins généralistes.
Efficacité des antidépresseurs: question qui fait polémique.
Depuis 1990, c’est un organisme indépendant qui contrôle les essais des firmes pharmaceutiques. Cependant celles ci ne publient que les effets positifs. En effet les firmes qui produisent ces médicaments ont tout à gagner dans le fait que l’on surestime l’efficacité de ces médicaments.
Et ils sont donc prescrits pour tout type de dépression. Alors qu’il faudrait mesurer avant les degrés de sévérité de la dépression. Le degré sévère est : On ne se lève plus, on ne s’alimente plus et plus l’envie de rien. Là on prescrit un antidépresseur. Mais l’évolution du degré de dépression peut varier d’un médecin à l’autre. Ce qui est un problème car les antidépresseurs peuvent aussi entraîner des effets secondaires (insommnies, prise de poids, troubles digestifs, sexuels ou cardiaques).
En ce qui concerne les troubles sexuels le cas d’Adrien est présenté dans le documentaire. En 2015 il prends des AD* (Antidépresseurs) pour soigner une dépression mais des troubles apparaissent, et les siens sont d’ordre sexuels comme l’adénonie, un manque d’envie, difficultés à atteindre le plaisir, désensibilisation de la zone génitale. En se renseignant sur ces symptômes il découvre un témoignage parlant du syndrôme de dysfonctionnement sexuel post-antidépresseur qui est reconnu par l’Agence Européenne du médicament depuis 2019 seulement. Aujourd’hui on travaille encore sur les causes de ce symptôme en rapport avec le terrain génétique et le taux de sérotonine, dopamine au moment de la prise de l’AD.
Autre problème : Celui du sevrage à l’arret du médicament AD
Lorsque l’on prend un AD plusieurs mois et qu’on l’arrête brutalement on va être en manque de la molécule et c’est très désagréable. On peut ressentir des tremblements, des troubles du sommeil, de la fatigue, des maux de tête, des hallucinations, des idées noires, du désespoir un peu comme une drogue. 45% des patients en souffrent. Sur le plan biologique aussi. Lorsque l’on prend les AD pendant des mois on a une hausse de la concentration des neurotransmetteurs et donc le cerveau s’est habitué à ses bains de sérotonine. Si j’arrête, mes récepteurs vont être en manque de la molécule. Il faut quelques temps pour que le cerveau se rééquilibre et reprenne son niveau de départ. Il faur également faire la différence entre le sevrage et la rechute. Pour le sevrage il faut diminuer les doses par paliers, parfois cela peut durer 1 an.
30% des antidépresseurs sont résistantes aux AD. Des échecs qui laissent les patients dans un grand désarroi. Ces dernières années on a vu des alternatives étonnantes en France ou à l’Etranger. Le documentaire montre le cas de Virginie. Pendant 4 années elle aura essayé une dizaine de médicaments et aucune efficacité. Au Centre Expert Sainte Marguerite de Marseille, va lui être proposé un médicament récemment autorisé pour traiter les dépressions dites « résistantes ». Il s’agit de l’Eskétamine. Un dérivé de la quiétamine, un psychotrope utilisé comme anesthésique chez les vétérinaires et apprécié depuis longtemps de manière récréative pour ses propriétés hallucinogènes. Découvert en 1990 on a mesuré son efficacité pour ses effets antidépresseurs. Ce médicament est uniquement administré à l’hôpital sous surveillance médicale. Un des risques est une hausse de la pression artérielle. La tension doit être la plus basse possible avant la première prise. Cela se présente sous forme de spray nasal avec 3 pulvérisations espacées chacune de 5 minutes. Comme les AD, l’eskétamine agit au niveau cérébral. Sur le plan biologique, sa propriété est de favoriser de nouvelles connexions neuronales, de modifier l’état de conscience. Un sentiment de plénitude apparaît à chaque fois. Une séance dure 45 minutes. Mais il y a aussi pour un quart des patients des maux de tête, des vertiges ou des déréalisations (on n’entend plus les sons de la même manière, une impression d’être là sans être là, la notion du temps, des impressions de « sortir de son corps »). Mais ces phénomènes sont transitoires pendant 30 minutes après et disparaissent totalement dans l’heure qui suit. Et ce n’est pas quelque chose qui est vécu de manière désagréable. Ce médicament diminuerait de 70% les troubles dépressifs des malades. ( Cas de Virginie qui après 4 années de souffrance a retrouvé un bien-être, une renaissance et a retrouvé une vie normale). Seuls quelques milliers de patients en bénéficient, ceux en échec thérapeutique et autorisé en France depuis 2019. Les psychiatres espèrent maintenant développer cette nouvelle arme. Il faut le voir comme une chance car en psychiatrie il y a très peu de nouveaux médicaments contre les dépressions résistantes. C’est un énorme problème, donc il faut que l’on arrive à trouver le meilleur positionnement de la molécule dans les soins courants. Cependant il faut rester prudent car il y a très peu d’études cliniques sur le sujet et on ne connaît pas les risques à long terme donc ne pas se précipiter.
La Suisse quant à elle explore le LSD ou Champignons hallucinogènes
Prohibés dans les années 1990 ils reviennent en force mais dans un cadre bien précis : LA PSYCHOTHERAPIE ASSISTÉE PAR PSYCHEDELIQUE
Depuis 3 ans elle est prise en charge à Genève uniquement pour les résidents suisses sous surveillance médicale. Le LSD est administré sous forme de fiole et 3 prises maximum. Déconseillé pour les personnes schizophrènes, bipolaires, cardiaques ou épileptiques. Le documentaire montre le cas d’Augustine âgée de 36 ans et qui souffre de dépression, anxieté et d’addiction aux traitements classiques. 20 séances de psychothérapie et 2 prises de LSD ont tout changé. La substance très puissante va réveiller des choses en vous enfouies, ce qui peut être douloureux car on se confronte à son vécu.
D’un point de vue biologique dans le psychédélique on va augmenter la capacité du cerveau à recréer de nouvelles connexions qui normalement ne communiquent pas beaucoup entre elles. Augustine avec le psychédélique a enfin pu ressentir à nouveau ses émotions, le changement est très subtile pas de changements radicaux. Cette nouvelle prise en charge est encore en cours d’évolution. Des solutions peuvent aussi être trouvées du côté des prises en charge non médicamenteuses, comme l’activité physique, l’alimentation ou la méditation de pleine conscience. Dans les dépressions les moins sévères certaines ont fait leur preuve en terme d’efficacité.
Suite au documentaire un débat a été proposé avec notamment la présence du Docteur G Fond Psychiatre et Responsable du Centre expert de l’Hôpital sainte Marguerite à Marseille, ainsi que de Florence Bourle Patiente experte pour France dépression Herault
En tout premier lieu il faut rassurer les personnes qui prennent des AD, car ça sauve des vies. Les AD n’ont pas tous les mêmes mécanismes d’action (Norédrénaline, Sérotonine). Ne pas les donner aux dépressifs légers, uniquement quand les personnes ne peuvent plus fonctionner (niveau social, travail). On rappelle aussi de ne pas les arrêter brutalement car on peut retomber en dépression. Avoir une bonne communication avec le soignant prescripteur; Florence Patiente Experte rappelle que la dépression est une maladie au même titre que les autres maladies chroniques comme par exemple un diabétique qui se pique tous les jours pour pouvoir vivre et bien nous les dépressifs c’est un médicament.
Un AD se prend au moins pendant 6 mois avant d’amorcer une diminution puis l’arrêt. Un gros travail de prévention reste encore à faire.
Une autre technique non évoquée dans le documentaire est la Stimulation trans-cranienne aussi appelée DEEP TMS. Il s’agit de remettre de l’ordre dans un système qui dysfonctionne en utilisant des ondes qui vont stimuler le cerveau. Il s’agit d’un courant électrique de haute intensité, la machine va créer un champ magnétique qui va traverser la boîte cranienne à l’aide des électro-aimants. On va pouvoir modifier l’activité neuronale, en réveillant les zones endormies dans des régions précises du cerveau. Résultat en 15 séances ça peut améliorer le patient. Pour un patient/2 ça diminue la dépression. Cette technique est un traitement de 2éme intention tout comme l’Electroconvulsivo thérapie (ECT).
La méditation de Pleine conscience apporte aussi des résultats très positifs avec de réelles preuves scientifiques à l’appui. Elle va pouvoir traiter une dépression sur la longueur mais pas sur la dépression aigue. Ce sont des programmes de 8 semaines où le patient est amené à prendre de la distance par rapport à ses pensées. Ca fonctionne bien sur les troubles bipolaires et dans la prévention de la rechute.
La dépression commence peu à peu à sortir de l’ombre et à ne plus être un tabou ou une honte que l’on porterait en soi. Dans la pop culture beaucoup de stars et célébrités en parlent. (Carrie Fisher a parlé de ses troubles bipolaires et addictions et du traitement par électrochocs qu’elle a reçu (ECT), Brooke Shield actrice américaine a parlé de sa dépression du post-partum. En France la chanteuse Pom raconte que dans sa génération beaucoup ont eu recours à des AD. Camille Lacourt et d’autres sportifs ont parlé de leur dépression et de leur santé mentale dans le documentaire Strong.
Il faut voir aussi l’AD comme un outil pour sortir de la dépression aigue et ensuite utiliser d’autres thérapies comme la méditation. Du point de vie de la patiente experte on arrive à mieux comprendre la maladie et on trouve ensuite ses propres outils. Avoir aussi une vie plus saine privilégier le sommeil, une bonne alimentation, de l’activité physique. En effet le psyché est en lien avec le physique le corps. L’expérience des autres patients dans le domaine de l’éducation thérapeutique peut aussi aider car le patient n’est plus seul, il est compris et ça montre également de l’espoir et que l’on peut s’en sortir. Ca apporte une dynamique avec les groupes de paroles. Les AD peuvent parfois être pris pendant 10, 20 ou même 30 ans. La dépression peut aussi avoir un facteur génétique avec des personnes étant de petits sécréteurs de sérotonine. Certaines personnes peuvent aussi ne pas se passer des AD au long court. D’où l’importance des pairs-aidants, de la psycho-éducation. On peut treè bien vivre avec la dépression reconnue comme maladie chronique.
Les interlocuteurs reviennent également sur les bases:
- Les vertus du sport: Allié précieux dans la production de dopamine ainsi que de sortir de l’isolement. il doit être pratiqué de manière régulière. La dépression génère aussi de la sédentarité, obésité… Le sport améliore le bien-être, libère la tête car on est concentré sur ce que l’on fait. Le but est de leur donner l’envie de continuer à l’extérieur. Il faut pratiquer 30 à 45 minutes de sport 3 fois par semaine pour qu’il y ait un effet anti-dépresseur et de manière intensive. Surtout pour prévenir les rechutes et dans le cas des dépressions légères
- Une bonne alimentation: Consommer régulièrement des fruits et légumes font diminuer de 9% la dépression. Notre cerveau se nourrit aussi de notre alimentation. La vitamine D, Oméga 3 et un régime méditérranéen. Le microbiote chez les personnes déprimées est déséquiibré. Lien entre le cerveau et les intestins, dans ce cas les probiotiques peuvent aussi être efficaces.